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Agence nationale de l'habitat (ANAH)
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Dossiers

Nord : Une réhabilitation cousue main

Photo Stéphan Norsic

Depuis le 1er janvier 2015, l’Anah finance à titre expérimental des opérations d’autoréhabilitation accompagnée (ARA). Explications et avantages de cette nouvelle forme d’aide déjà bien engagée par la Métropole Européenne de Lille et les opérateurs locaux.

(extrait des Cahiers de l'Anah n°148)

Participer aux travaux de son logement

La participation active d’un propriétaire occupant aux travaux de son logement avec l’aide d’un professionnel attentif à la sécurité et à la qualité des travaux s’appelle l’auto-réhabilitation accompagnée (ARA). Cette formule existe depuis des années et elle est promue par de nombreuses associations d’aides aux personnes en grande difficulté. Toutefois, depuis le 1er janvier 2015 et grâce à la mise en application de la loi Alur, l’Anah est en mesure de participer au financement de ces chantiers accompagnés. Cette aide d’un nouveau genre s’intègre dans le cadre d’une opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah), d’un programme d’intérêt général (PIG), d’une maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (Mous) lutte contre l’habitat indigne (LHI) ou encore du programme Habiter Mieux.

En ce matin de janvier, Florence Malfait s’active. Dans sa maison de Mouvaux, une commune située entre Lille et Tourcoing, cette bénéficiaire du RSA participe aux côtés d’un professionnel à des travaux destinés à de la rénovation thermique de son pavillon. Au programme de ces deux jours de chantier : nettoyer, détapisser et enduire les murs du palier du premier étage de son habitation. Trois mois plus tôt, cette propriétaire avait également participé à l’isolation de la toiture de sa maison. Pendant ces trois jours de travaux, le professionnel présent avait réalisé l’évacuation de l’ancienne laine de verre et la mise en œuvre par projection d’un nouvel isolant beaucoup plus performant.

Photo Stéphan Norsic

Lutter contre la précarité énergétique

Parallèlement, Florence Malfait avait participé à ces travaux en évacuant l’ancien isolant et la mise en œuvre du nouveau. "J’ai passé plusieurs jours à remplir des sacs poubelles, à les descendre et à les amener dans le camion, raconte-t-elle. Un des axes principaux de l’ARA est la transmission de technique et de savoir en matière de travaux. Cela m’a permis de comprendre et reproduire ces gestes : connaissance des techniques d’isolation et des matériaux, réfection et remise en état des murs, connaissance sur la pose de menuiseries".

Programmés en plusieurs phases, les travaux réalisés dans cette maison vont durer 6 mois. En plus de l’isolation des combles et de la réfection de la cage d’escalier, il est prévu l’installation d’un poêle à bois, d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) et le remplacement de deux portes fenêtres et de la porte d’entrée. Avant cette rénovation d’envergure, cette propriétaire en situation de précarité énergétique payait 150 euros de chauffage par mois avec "beaucoup de radiateurs électriques éteints". "Je ne m’en sortais pas financièrement avec 450 euros de RSA, témoigne Florence Malfait. C’est mon assistante sociale qui m’a parlé d’une association locale susceptible de m’accompagner pas à pas dans la rénovation de mon domicile. C’est d’ailleurs un de leurs techniciens qui est présent à chaque phase de travaux", explique-t-elle.

"Nous sommes à leurs côtés pour leur montrer les bons gestes pour bien rénover et entretenir leur logement", commente Djamel Sellatnia, encadrant technique au GRAAL, l'une des associations locales sélectionnées par la collectivité locale pour accompagner les particuliers dans cette démarche. Au terme des travaux, la facture énergétique de Florence Malfait devrait être réduite de 35 à 40 %.

Photo Stéphan Norsic

Rompre l’isolement du bénéficiaire

Délégataire des aides à la pierre, la Métropole Européenne de Lille (MEL) complète le financement de l’Anah. Dans cette maison de Mouvaux, un tiers des travaux sera réalisé en ARA et les deux tiers par les entreprises. L’ARA permet parfois de réaliser des travaux un peu moins chers que par le biais d’une entreprise qui fait tout de A à Z. En fait, "tout va dépendre du type d’intervention, nuance Sébastien Noé, responsable habitat durable au GRAAL. Il existe un coût humain de suivi et une aide technique à destination du bénéficiaire. Pour ces raisons, le chantier prend un peu plus de temps en raison de l’approche pédagogique de l’encadrant technique", poursuit Sébastien Noé.

Sur le territoire de la MEL, le montage de ces dossiers ARA (d’une durée de 6 à 8 mois) à destination des ménages très modestes commence à se pérenniser. Une montée en puissance est prévue en 2016. "Nous menons une politique volontariste avec un objectif de 50 dossiers financés cette année, avance Raphaël Bonte, chef de service habitat privé de la MEL. Cette formule participative s’avère être une façon d’impliquer la personne aidée. On a constaté que les conseils et les subventions ne suffisent parfois pas à convaincre un occupant. Pour certains, participer s’avère être un facteur déclencheur dans la décision de réaliser les travaux. Même symbolique, leur participation permet de rompre leur isolement et de se sentir utile. Le volet de réinsertion sociale n’est pas neutre", souligne Raphaël Bonte. "En ce début d’année, notre association s’occupe de 5 dossiers de propriétaire occupant en cours, 9 autres sont validés et déposés à l’Anah", détaille Sébastien Noé.

Photo Stéphan Norsic

Des bénéficiaires motivés aux côtés de professionnels

C’est en janvier 2012 que la MEL a décidé d’encourager, à titre expérimental, les travaux en ARA. "Pendant deux ans, cette phase de test a permis de voir comment il était possible de monter et de financer ces dossiers. C’était au départ un vrai puzzle financier, raconte Sébastien Noé. Nous proposons l’ARA à des personnes motivées et ayant envie de participer car il faut être prêt à consacrer du temps au chantier et aux travaux", explique ce dernier. Si la plupart des bénéficiaires sont des chômeurs, les quelques actifs concernés n’hésitent pas à prendre des jours de congés pour être présents sur le chantier. Fragmenté dans le temps, ce dernier dure en moyenne 5 jours.

Pour son chantier, Florence Malfait est suivie par le GRAAL. Sur le territoire de la MEL, quatre associations (GRAAL, Urbanis, Soliha, Compagnons bâtisseurs) montent les dossiers et s’occupent du suivi de A à Z. Un aspect innovant intègre ce projet : le mécénat de compétence et la mise à disposition de salariés d’une entreprise privée pour renforcer et améliorer l’intervention ARA d’une association à vocation "sociale" sur l’isolation des combles et la pose de menuiseries. En plus de la fourniture de matériel à prix réduit, l’entreprise de rénovation KBANE (implantée dans la région) a envoyé pendant le chantier d’isolation des combles, des salariés bénévoles et des moyens logistiques pour lui prêter main forte. De plus, les Bricos du cœur (groupe ADEO) ont aussi participé au chantier sur la réfection de la cage d’escalier grâce à du don de matériel et du bénévolat.

Photo Stéphan Norsic

Le détail du financement des travaux de la maison

Dans le cadre du programme d'intérêt général (PIG), ce dossier se finance de la façon suivante :

Coût total des travaux : 17 036 €

Répartition des travaux :
- Travaux réalisés en ARA (isolation des combles, menuiseries, réfection de la cage d’escalier) : 6 696 €.
- Travaux réalisés par des entreprises (remplacement d’un équipement de chauffage, VMC, poêle à bois) : 10 340 €.

 

Montant total des aides : 12 148 €

Répartition des aides :
- Anah : 10 118 € dont : 3 348 € pour la partie ARA (50 % sur les matériaux et l’encadrement technique) + 6 769 € pour la partie entreprise (50 %, prime FART).
- Métropole européenne de Lille (MEL) : 2 030 € dont : 996 euros pour la partie ARA (10 % sur les matériaux + prime de 500 € pour l’encadrement technique) + 1 033 € pour la partie entreprise (10 %).

 

Montant restant à charge de la propriétaire occupante : 4 888 €