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Agence nationale de l'habitat (ANAH)
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Lyon : le nouveau visage des centres d’hébergement

Photo Cyril Chigot

Entamée en 2009, la mission confiée à l’Anah d’humaniser les CHRS vise à offrir des conditions d’hébergement plus propices à une réinsertion globale, avec en ligne de mire l’accès à une véritable autonomie et à un logement de droit commun. Premier bilan avec la Cité de Lyon, qui a bénéficié d’une réhabilitation hors norme.

(extrait des Cahiers de l'Anah n°140)

Un financement bien ficelé

Dès 2005, dans le cadre du plan de cohésion sociale, l’Anah s’est vu confier la gestion d’un fonds destiné à financer des travaux d’urgence et de mise en sécurité des centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). La loi du 25 mars 2009 y a ajouté une nouvelle mission : financer la politique d’amélioration des structures d’hébergement, en permettant notamment la création de chambres individuelles en lieu et place des dortoirs collectifs. Entre 2009 et 2012, 305 projets ont été financés, avec un total de 10 000 places, pour un montant de 96,5 millions d’euros versés par l’Anah, soit 50 % du coût total des travaux.

La Cité de Lyon a bénéficié de ces financements pour mener à bien son opération de réhabilitation, qui s’est étalée d’octobre 2009 au printemps 2012 et a coûté au total 7,8 millions d’euros. Outre un apport de la Fondation de l’Armée du Salut (3,88 millions d’euros), ce centre a eu recours à un prêt du 1 % logement. Le reste de l’enveloppe a été bouclé grâce aux collectivités locales (mairie de Lyon, Région et conseil général) pour 1,37 million d’euros et à un financement public de 2,2 millions, dont 1,085 million d’euros alloués par l’Anah en 2009.

Le centre a bénéficié d’une dérogation, ce qui a permis à l’Anah d’abonder le financement à hauteur de 16 400 euros par place au lieu des 10 000 euros réglementaires. Le bâtiment réhabilité permet désormais d’accueillir plus de familles avec enfants, même si deux tiers des occupants demeurent des personnes seules. Un nouveau visage pour ce CHRS, qui bénéficie tant aux personnes hébergées qu’aux travailleurs sociaux qui les accompagnent.

Photo Cyril Chigot

"Un CHRS agréable à vivre"

Richard Grosjean, directeur de la Cité de Lyon

"Inauguré en 1962, notre bâtiment vétuste ne répondait plus aux normes de sécurité et d’accessibilité et n’était plus adapté à la nouvelle population que nous accueillons : des femmes seules, des familles, des personnes âgées et des travailleurs pauvres. Nous avons d’abord envisagé de le raser, mais le coût était trop important et une rénovation totale a été privilégiée. Les résidents ont été répartis sur cinq sites différents pendant la durée des travaux, puis se sont installés, au printemps 2012, dans des locaux neufs aux normes écologiques.

Dès le départ, nous avons essuyé de sérieux problèmes de chauffage, car les pompes à chaleur étaient mal adaptées. La conception de la cuisine pose également un problème, car nous servons près de 1 400 repas par jour au rez-de-chaussée avec des cuisines au sous-sol et pas de montecharge. Les employés de la restauration se servent donc de l’ascenseur, ce qui a généré des pannes et réparations. Enfin, comme il a été décidé de créer de grandes chambres individuelles de 15 m2, il a fallu rogner sur les locaux destinés au personnel, ce qui pose des soucis d’organisation. Malgré tout, le centre est très agréable à vivre et les occupants heureux d’habiter un endroit de grande qualité en plein coeur de Lyon."

Photo Cyril Chigot

"Une réhabilitation durable"

Marie-Françoise Lavieville, adjointe au délégué, directrice du pôle hébergement et accès au logement à la DIHAL(1)

"Le centre d’études techniques de Lyon, partie prenante de l’évaluation du programme d’humanisation des centres d’hébergement engagée par la DIHAL, a réalisé une série de monographies portant sur 6 centres. Le projet de la Cité de Lyon est emblématique, car sa réhabilitation lourde se devait d’être durable.

Malgré quelques difficultés liées à la taille du bâtiment et au coût des travaux, le projet est arrivé, au bout de deux ans, à respecter tous les objectifs poursuivis, notamment une amélioration de l’accueil, la création d’espaces collectifs de meilleure qualité, la mise aux normes de sécurité du bâtiment et l’introduction de normes écologiques. Sans oublier la création d’espaces pouvant accueillir les familles, c’est-à-dire au final une augmentation de la qualité de vie des usagers. Il y a eu quelques surcoûts, liés aux nouvelles charges de chauffage et de maintenance de l’ascenseur. Mais la réhabilitation complète du centre a permis de supprimer toutes les dépenses liées aux petites réparations."

(1) Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement.

Photo Cyril Chigot

"Un effort énorme pour l’accueil des personnes"

Béatrice Glevard, stagiaire assistante sociale à la Cité de Lyon

"Au premier abord, j’ai été très surprise : le lieu est clair et les rénovations ont apporté un confort supérieur à celui de certains hôtels. L’extérieur du bâtiment a également été revu. Auparavant très laid, il était stigmatisant pour les occupants. Désormais, il ressemble à un immeuble de bureaux classique.

À l’installation, nous avons supporté quelques erreurs de conception, notamment en matière de ventilation et de chauffage, qui ne fonctionnaient pas. De la même façon, il manque quelques détails de finition dans les chambres et les parties communes. Mais ils sont installés au fur et à mesure, ce qui va contribuer à réduire les petites dégradations dues à une occupation importante. Un effort énorme a été fait pour l’accueil des personnes, car les travaux ont été pensés et adaptés pour les résidents. En revanche, le personnel peine un peu, car nous manquons de bureaux pour pouvoir nous isoler et avoir des entretiens, préservant une certaine confidentialité."

Photo Cyril Chigot

"Apprendre à gérer notre vie seuls"

Patrick, résident à la Cité de Lyon

"J’occupe une chambre individuelle avec une salle de bains dans le nouveau foyer, que je trouve admirable. Pendant l’emménagement, nous avons tous détecté des problèmes de fonctionnement, électriques notamment, mais c’est normal pour un bâtiment remis à neuf. Nous sommes parfaitement indépendants, je dispose d’un ordinateur personnel et du Wi-Fi dans ma chambre pour chercher un travail et communiquer avec ma famille.

Cette indépendance nous permet d’apprendre à gérer notre vie seuls, car le but du foyer n’est pas d’y rester. En même temps, la vie collective existe, avec la salle commune où il est possible de prendre un café après les repas. Je viens de la rue et c’est la première fois que j’habite un lieu où il y a autant de confort, avec une chambre à moi, une salle commune, une cantine, une salle informatique et une bibliothèque. Le seul reproche est que, comme le foyer est grand, le lieu est un peu impersonnel, et nous avons plus de difficultés à voir un éducateur que lorsque nous étions logés en petites structures durant les travaux. Mais ce lieu est vraiment un cadeau pour des gens comme moi, il faut remercier l’Armée du Salut, et aussi toutes les personnes qui ont participé au financement."

Photo Cyril Chigot