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Gironde : Le plan Logement d’abord gagne du terrain

Bordeaux Métropole et le Conseil départemental de Gironde font partie des 24 territoires pilotes du plan quinquennal "Logement d’Abord". Ensemble, ils expérimentent 

des dispositifs visant à offrir aux sans-abri un accès direct au logement, sans passer par la case de l’hébergement d’urgence. 

Extrait des Cahiers de l'Anah n°155 - Photos : Sebastien LE CLEZIO

« Un chez soi d’abord »

En France, près de 150 000 personnes sont à la rue. Selon l’Insee, le nombre de sans-abri a doublé entre 2001 et 2012. La Gironde ne fait pas exception. En trois ans, le nombre de sans-domicile a augmenté de 25% sur Bordeaux. En 2016, le 115 a reçu 145 demandes d’hébergement par jour, pour 25 places disponibles. 

Pour inverser la tendance, le Conseil départemental de Gironde et la Métropole de Bordeaux ont été retenus par le Gouvernement pour la mise en œuvre accélérée du plan 2018-2022 "Logement d’abord". Ce programme s’inspire du modèle "Housing First" né aux Etats-Unis dans les années 1990 ou de "Un chez soi d’abord" pour les sans-abri souffrant de troubles psychiques en France. Le principe ? "Donner le plus vite possible à une personne à la rue les clés d’un logement plutôt qu’un hébergement d’urgence, trop souvent saturé. L’urgence n’est pas compatible avec l’insertion au long cours", répondent Agnès Bouaziz, responsable de l’Habitat, Logement, Construction durable et Véronique Tanays, en charge de l’amélioration de l’habitat ancien pour l’Anah, à la direction départementale des territoires (DDT) de Gironde. 

Le logement, condition première

Logement d’abord constitue une nouvelle approche dans la lutte contre l’extrême pauvreté. "L’accès au logement n’est plus l’aboutissement de l’insertion, il en est la condition première. L’AMI* Logement d’abord permet de mobiliser tous les acteurs de l’insertion et de les mettre autour d’une table pour expérimenter de nouvelles solutions", analyse Elise Le Guiet, responsable de l’Amélioration durable de l’habitat privé à Bordeaux Métropole.      

Mais pour faire du Logement d’abord, il faut d’abord disposer d’une offre de logements. Le parc social saturé, c’est aussi du côté des propriétaires bailleurs privés qu’il faut se tourner. En Gironde, ils ne sont qu’environ 2 000 à avoir conventionné leur bien pour le louer à des publics fragiles. "La réussite du programme nécessite des logements en plus grand nombre. Nous avons réfléchi avec le Conseil départemental aux moyens de mobiliser de façon plus systématique le parc privé", confirme Elise Le Guiet. 

* Appel à Manifestation d’intérêt  

Une nouvelle plateforme d’information

Parmi les nouveaux dispositifs labellisés "Logement d’abord" qui verront le jour en 2019, une plateforme de captation. "Un numéro unique pour renseigner, accompagner, inciter et orienter les propriétaires bailleurs qui souhaitent conventionner leur logement. Elle rendra plus lisible les services liés à la gestion locative adaptée et à l’intermédiation locative : simulation financière, garantie des risques locatifs adaptée au profil des locataires, proposition de locataires, visites à domicile", annonce Marie-Christine Darmian, directrice Habitat et Urbanisme au Conseil départemental. 

La plateforme démarchera les propriétaires, recensera les logements mobilisables, et les proposera aux associations agréées en charge de l’accompagnement social des personnes. 

Le plan d’actions de l’AMI "Logement d’abord" prévoit aussi d’autres expérimentations : création d’un fonds de sécurisation doté de 45 000€ en cas de dégradation du logement, caisse d’avance pour les subventions travaux dans le cadre des dossiers Anah, création d’une équipe d’appui aux opérateurs souhaitant développer des pratiques Logement d’abord, mise en place de formations spécifiques, etc.

50 logements privés pour les sans-abri en 2019

Quelques mois après son lancement en Gironde, Logement d’abord connaît déjà son premier succès. "Les maraudes du Samu social ont repéré un homme d’une cinquantaine d’années, vivant dans sa voiture depuis trois ans après son divorce, raconte Florence Lamarque, directrice du Samu social à Bordeaux. Il ne voulait pas entendre parler d’un centre d’hébergement d’urgence mais il s’est montré intéressé par un logement pérenne".

Son dossier a été présenté et accepté le 17 octobre dernier lors de la première Commission départementale de logement adapté (CLA) élargie au plan Logement d’abord. La suite ? C’est à ce moment que les deux agences immobilières sociales (AIS) de Gironde, Soliha et Le Prado, entrent en jeu. Leur mission ? Trouver 150 propriétaires bailleurs conventionnés supplémentaires en 2019, dont 50 directement réservés aux sans-abri. "Le parc privé doit s’ouvrir aux publics les plus précaires, et ce n’est pas une utopie de miser sur des propriétaires solidaires. À condition de sécuriser au maximum la location", estime Ariane Tréguer, directrice de Soliha Gironde. Au niveau national, le plan Logement d’abord prévoit la création de 40 000 places supplémentaires en cinq ans dans le parc privé via ces dispositifs d’intermédiation locative. 

Des moyens financiers à développer

Si l’AMI Logement d’abord a réussi ses premiers pas et suscite beaucoup d’espoirs, un bémol subsiste : les moyens financiers. L’État a confirmé son engagement en 2018 à hauteur de 8 millions d’euros, soit 330 000€ par territoire. Une enveloppe de 290 000€ par territoire doit aussi être dédiée au développement des nouvelles mesures  en matière de logement accompagné. "Logement d’abord a montré son efficacité dans d'autres pays et déjà en France, mais elle est encore embryonnaire, il faut lui donner les moyens de se développer, c’est-à-dire avec plus d’argent", a ainsi déclaré Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité. Pour Elise Le Guiet, l’essentiel est ailleurs : "Le plan Logement d’abord donne un coup de projecteur sur la mobilisation du parc privé dans la prise en charge des personnes sans domicile et amorce des pratiques nouvelles à consolider sur le long terme".