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Agence nationale de l'habitat (ANAH)
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Ardèche : un accompagnement social adapté en zone rurale

Difficilement repérable, l’habitat indigne en zone rurale pose aussi des difficultés particulières de traitement. La situation rencontrée par M. Emmanuel, une personne âgée résidant dans un hameau isolé, met en lumière l’accompagnement sur mesure et la coordination des acteurs du logement ardéchois, face à cette problématique complexe.

Extrait des Cahiers de l'Anah n°150 - Photos : Gilles Lefrancq

Un habitat insalubre

Maurice Emmanuel avait 31 ans quand il a construit sa maison, lui-même, en 1972 dans un hameau isolé de la commune d’Ucel, en Ardèche. Le temps a passé, ses revenus ont fondu et, faute de travaux nécessaires, son logement s’est inexorablement dégradé jusqu’à l’insalubrité. "Quand il pleuvait fort, je devais mettre plusieurs seaux sur le sol et les vider toutes les vingt minutes. Il y avait des moisissures partout, je n’arrivais plus à me chauffer l’hiver et l’été il faisait une chaleur infernale".À l’instar de beaucoup de propriétaires occupants en zone rurale, Monsieur Emmanuel ne réclamait rien, habitué à vivre dans des conditions difficiles. Des conditions qui se durcissent quand ERDF constate qu’il est branché depuis des années… sur un compteur de chantier et coupe le courant ! C’est une assistante sociale de la caisse de retraite CARSAT qui détecte la situation en mars 2014. 

Une fiche unique de signalement

L’assistante sociale alerte aussitôt l’opérateur Soliha Ardèche qui intervient dans le cadre du PIG (programme d’intérêt général) départemental habitat indigne et indécent, en remplissant la fiche unique de signalement.

"Cette fiche a été élaborée dans le cadre du Pôle départemental de lutte contre l’habitat indigne (PDLHI) qui définit les grandes orientations et coordonne l’action des acteurs concernés par la résorption de l’habitat dégradé", indique Anne Thévenet de l’Agence régionale de Santé (ARS) Auvergne Rhône-Alpes.

Un accompagnement adapté à la personne

Soliha se rend alors sur place pour établir un diagnostic, préparer un rapport et un projet de travaux de réhabilitation qu’il présente mi-juin 2014 à la Commission habitat indigne (CHI). Conformément à la procédure habituelle, Maurice Emmanuel est chargé de demander lui-même les devis de réalisation des travaux. Devant le peu de retours, l’assistante sociale de la CARSAT alerte les autres partenaires sur le besoin d’accompagnement plus soutenu de cet homme, coupé de la vie sociale. Restait aussi à régler le problème du raccordement au réseau électrique.

À la fin du mois de septembre de la même année, une rencontre est organisée en mairie d’Ucel pour trouver une solution. L’Anah confirme alors sa capacité à intégrer une partie des travaux de raccordement au réseau dans le projet, tandis que la mairie en finance l’autre partie et que Soliha renforce l’accompagnement.

Brigitte Pion, chef du service action sociale logement du Conseil départemental, insiste sur "l’importance de calibrer l’accompagnement en fonction du niveau de fragilité des ménages et d’aller si nécessaire jusqu’à l’aide aux devis", ce qui a été le cas pour Mr Emmanuel avec la mobilisation d’un maître d’œuvre. Cela a débloqué la situation et, dès mi-octobre, une première estimation évaluait le coût total des travaux à un peu plus de 60 000 euros. 

Une mobilisation des financeurs

La question de la faisabilité du projet se pose alors. "La modicité des ressources de Monsieur Emmanuel ne lui permettait pas de régler un reste à charge de 16 000 euros", précise Thomas Dervin.

"Cela aurait pu conduire à son relogement dans une HLM, comme c’est souvent le cas dans ce type de situation parce qu’un reste à charge trop important mettrait le propriétaire en grave difficulté". Mais la mobilisation des financeurs – Anah, mairie d’Ucel, CARSAT, Office des anciens combattants, Fondation Abbé Pierre – complétée par l’aide au logement, permettent de fixer le montant des remboursements mensuels à 30 euros, compatible avec les revenus de Mr Emmanuel. 

La satisfaction du propriétaire

"Cet homme est tellement attaché à sa maison qu’il n’a résisté qu’une demie journée dans le centre d’hébergement où nous l’avions envoyé durant le temps des travaux. Il a préféré retourner vivre chez lui sans électricité pendant encore de longs mois", révèle Sonia Rimbault, technicienne de Soliha qui a suivi le dossier de bout en bout.

En juillet 2016, les travaux sont presque achevés et ce qu’il fallait bien appeler un taudis se transforme peu à peu, en une jolie petite maison à flanc de colline ardéchoise. Maurice Emmanuel ne cache pas sa satisfaction : "Ça faisait longtemps que je souffrais, mais maintenant, je me crois au paradis !".